Émotions

Comment les émotions aident à apprendre

Comment les émotions aident à apprendre On vous a sûrement répété à l’école qu’il fallait « rester sérieux » et laisser ses émotions à la porte de la salle de classe. Mauvaise nouvelle pour les partisans de la discipline austère : la science prouve exactement le contraire. Le côté cognitif et le côté émotionnel sont indissociables. La semaine dernière, lors d’une de nos classes virtuelles hebdomadaires, une stagiaire nous raconte qu’une des élèves de CP qu’elle suivait en tant qu’AVS avait des problèmes de lecture et d’écriture. Elle ne retenait pas les sons complexes (les « eau » « au » qui font le son [o] par exemple, ou « ai » qui fasse [è]). Elle avait beau lui expliquer, lui montrer des exemples, encore et encore… le lendemain, c’était oublié. « Comment augmenter sa mémoire ? » était donc la question du jour. Je lui ai alors donné une solution qui n’avait jamais été utilisée dans sa classe. Une solution basée sur un concept simple, mais souvent oublié de l’enseignement : les émotions. Pourquoi les émotions font une différence dans l’apprentissage De quoi vous souvenez-vous le mieux : votre premier baiser, ou les noms des rois à l’époque médiévale ? Pourquoi, à votre avis ? Pour comprendre pourquoi l’élève de CP peine à mémoriser ses sons, il s’agit de regarder « sous le capot ». Au centre de notre cerveau se trouve le système limbique, le quartier général de nos émotions ET de notre mémoire. Oui, ils sont voisins ! C’est ici que réside le duo le plus iconique de la boîte crânienne, nos deux protagonistes Amygdale et Hippocampe, situés l’un à côté de l’autre dans une proximité physique et fonctionnelle immédiate. L’amygdale et l’hippocampe ne travaillent pas en solo : ils communiquent en permanence au sein de réseaux de neurones distribués. Les connexions sont en effet extrêmement fortes entre ces deux structures. Lorsqu’une information arrive au cerveau, l’Amygdale évalue son importance motivationnelle. Dès qu’une charge émotionnelle est présente, l’amygdale s’active et envoie un signal fort à son voisin l’Hippocampe : « Oh hé, ça, c’est important (pour notre survie ou notre plaisir), alors grave-le en lettres d’or ! ». Mais si l’information est neutre, sans saveur ni intérêt, elle est traitée avec une attention minimale, comme un ticket de caisse que l’on jette aussitôt. Le cerveau traite en priorité les stimuli émotionnels car ils présentent une pertinence motivationnelle liée à nos buts et nos besoins. Ce mécanisme explique pourquoi une information chargée d’émotion (qu’elle soit positive ou négative) bénéficie d’un meilleur encodage dans la mémoire, d’une consolidation plus robuste et donc d’un rappel facilité. C’est pour cette raison que vous vous souvenez de votre premier baiser des années plus tard, mais pas de la liste des rois de France probablement apprise de façon mécanique. L’impact biologique des émotions Les émotions modulent les deux piliers de l’apprentissage que sont l’attention et la mémoire. Voyons plus exactement comment l’émotion est un véritable carburant pour l’apprentissage ! Attention sélective = Projecteur du cerveau Notre attention dispose de ressources limitées. L’intérêt et la curiosité, qui sont de véritables émotions épistémiques, agissent comme un projecteur qui focalise nos sens sur l’essentiel. La curiosité active les circuits dopaminergiques de la récompense, créant une véritable « faim » de savoir que seule l’acquisition de connaissances peut apaiser. ➡️ Pour susciter la curiosité, il est crucial de créer un climat de confiance qui autorise l’erreur, et qui encourage la surprise face à la nouveauté. Emotion forte = Consolidation neuronale Les travaux de McGaugh et Cahill dès les années 1990 ont établi clairement que l’émotion stimule la libération de neurotransmetteurs (dont l’adrénaline) qui renforcent la mémoire à long terme. Une émotion forte déclenche la libération de neurohormones qui renforcent la plasticité cérébrale. En effet, l’apprentissage modifie la structure même du cerveau en créant ou en épaississant la gaine de myéline autour des axones, facilitant ainsi le passage de l’influx nerveux. ➡️ L’émotion est le catalyseur de cette modification structurelle : les informations passent plus facilement et sont retenues plus rapidement ! Stress = Piège Attention toutefois : si une émotion positive booste la mémoire, un stress trop intense produit l’effet inverse. Un taux élevé de cortisol (l’hormone du stress) peut, à terme, provoquer une atrophie de l’hippocampe. En effet, en situation de peur de l’échec ou de honte, le cerveau passe en mode « survie » (le système inhibiteur de l’action), et le cortex préfrontal est littéralement bloqué et ne peut plus s’activer pour traiter les informations complexes. ➡️ On ne peut pas apprendre si l’on ne se sent pas en sécurité affective. L’approche métapédagogique des émotions Un métapédagogue utilise les émotions tout au long de sa séance. Il sait comment « accrocher » l’apprenant, comment lui donner un sentiment de compétence, comment le mettre en sécurité, comment le motiver pour réaliser des tâches difficiles. Il sait aussi comment supprimer les émotions désagréables et bloquantes comme : Enfin, il a aussi appris dans le module Propulsion, en plus de rendre l’apprentissage performant avec les processus, à former les élèves à identifier et à réguler leurs émotions pour leur permettre de transformer des signaux internes en leviers pour leur engagement. 3 astuces pour « émotionnaliser » l’apprentissage Pour aider votre apprenant (ou vous-même !), voici 3 astuces pour créer ce lien si important entre l’amygdale et l’hippocampe : Racontez une histoire ! Le cerveau est programmé pour retenir les récits. Transformez un concept abstrait en une aventure avec un héros et des péripéties. L’hippocampe adore la mémoire épisodique des histoires. Utilisez l’humour ! Le rire est un fixateur de mémoire exceptionnel. Une blague tout simple peut créer une association positive immédiate qui « ouvre » les portes de l’hippocampe. Créez du lien personnel ! Enfin, utilisez la fonction cognitive de Pertinence en vous demandant : « En quoi cela me concerne ? ». Plus l’utilité est perçue comme personnelle, plus l’amygdale validera l’entrée en mémoire. Conclusion Apprendre n’est pas une mécanique mentale froide. La science confirme que pour que le cerveau accepte de stocker une information sur le long terme, il a besoin de l’«