Peut-on dire à un enfant de ne pas pleurer ?
Dans nos classes virtuelles mensuelles, où parents et métapédagogues échangent, nous abordons souvent les problématiques de comportement de l’enfant. La question des pleurs de l’enfant revient souvent.
Le comportement de l’enfant n’est pas qu’un problème d’éducation : tout comportement est lié à des émotions qui les déclenchent. Trop souvent, on sanctionne le comportement, sans chercher la cause de celui-ci. Une émotion non maîtrisée peut déclencher un comportement indésirable, qui à son tour, peut influencer l’apprentissage.
La solution aux pleurs se trouve souvent sur la compréhension fine du cognitif et de l’émotionnel de l’enfant.
Exemple d’un enfant qui pleure
Dans l’histoire de l’enfant aux Tic Tac, je vous racontais l’histoire d’une grand-mère et de son petit-fils dans une salle d’attente. Suite à une série de malentendus, le petit garçon se mettait à pleurer.
La réponse de la grand-mère était alors celle-ci :
“Je ne t’ai pas fait de mal, alors tu ne dois pas pleurer”
La grand-mère était sûrement remplie de bonnes intentions. C’est vrai, elle ne lui avait pas fait de mal physiquement. Alors pourquoi le petit garçon pleurait-il ?
En fait, quelle que soit la raison, cette phrase n’aide pas à débloquer la situation. Elle peut même être toxique sur les deux plans cognitif et émotionnel.
Le problème sur le plan émotionnel
Avec cette phrase, on empêche l’enfant de faire un travail essentiel : celui de mettre du sens sur ce qu’il ressent, comprendre ce qu’il se passe en lui en le reliant à la situation extérieure.
À la place, on lui impose une règle absurde : “Si l’adulte ne voit pas de raison, alors il n’y en a pas”.
On lui enseigne que sa propre perception n’est pas fiable. En effet, lorsqu’on lui dit de ne pas pleurer parce que :« il n’y a aucune raison pour que tu pleures », en une phrase, on pose la question de la légitimité du ressenti interne.
L’enfant peut interpréter les choses suivantes :
- “Mes émotions ne sont valables que si elles sont justifiées par quelqu’un d’extérieur”
- “Quelqu’un d’autre peut décider si j’ai le droit de ressentir”
- “Je ne peux pas me fier à ce que je ressens”
En plus des problèmes que cela va poser émotionnellement, cela pose aussi des problèmes sur le plan cognitif.
Le problème sur le plan cognitif
Dans la phrase “Je ne t’ai pas fait de mal, donc tu n’as pas de raison de pleurer”, la logique de l’enfant est mise à mal. Cela revient en effet à dire : “On ne peut pleurer que si quelqu’un nous a fait physiquement mal.”
Or c’est faux : un enfant peut pleurer parce qu’il est
- perdu,
- frustré,
- débordé,
- inquiet,
- contrarié,
- triste,
- en conflit interne…
Donc, la douleur physique n’est pas une condition nécessaire aux pleurs.
Cette phrase est fausse logiquement. On confond une cause possible avec une condition obligatoire.
L’enfant apprend un raisonnement faux. Sa logique, qui était juste, est remplacée par une règle erronée imposée de l’extérieur.
Les conséquences pour l’enfant
En voyant que ses émotions sont niées, l’enfant peut réagir en deux façons différentes.
- D’abord, il peut intensifier ce qu’il ressent, en pleurant plus fort, en criant, en s’agitant, pour montrer qu’il n’est pas d’accord avec la situation. Sans compréhension de la logique de l’enfant, l’adulte peut alors interpréter à tort qu’il s’agit d’un « caprice ».
- Alternativement, il peut se couper de lui-même, en devenant plus calme en apparence et en taisant ses émotions. L’adulte pourra penser à tort qu’il a « gagné », que l’enfant a obéi, alors que l’enfant a juste obéi aveuglément sans comprendre, pour se protéger lui.
A long terme, si ces injonctions se répètent, l’enfant peut adopter les comportements suivants :
- il minimise ce qu’il ressent,
- il n’identifie plus ses émotions,
- il s’adapte à l’extérieur et néglige ses émotions…
Que faire à la place ?
Un enfant n’a pas besoin qu’on arrête ses pleurs. Il a besoin qu’on comprenne ce qui les provoque.
Pour que l’enfant se sente compris, l’adulte doit donc faire 3 choses en réponse face à ses pleurs :
- Valider l’émotion : « Tu as l’air triste/frustré… » « Je vois que c’est difficile pour toi/que tu es contrarié… »
- Exprimer la raison de sa tristesse, avec des précautions : « … peut-être parce que tu te sens confus/perdu/tu ne comprends pas ce qu’il se passe/peut-être que tu voulais continuer à jouer… »
- Proposer une solution ou une alternative : « Quand tu es prêt, on va réfléchir ensemble à trouver ensemble une solution… » / « Je vais mieux t’expliquer ce que j’attends… »
Conclusion : La signification des pleurs de l’enfant
Les pleurs sont souvent le signe d’un conflit cognitif, une décalage entre les attentes de l’enfant et la réalité qui s’offre à lui. “Je fais des efforts… mais ça ne marche pas. Pourquoi ?”
Dans notre histoire, les pleurs de l’enfant ont montré un moment où il est en train de :
- chercher à comprendre ce qui lui arrive,
- relier ce qu’il fait à ce qu’on lui demande,
- tenter d’exprimer un décalage qu’il ne parvient pas à résoudre.
C’est précisément dans ce moment que l’apprentissage peut se faire. La réponse de l’adulte, si elle est bien construite, a la capacité de faire basculer le comportement vers l’objectif désiré tout en assurant une coopération efficace avec l’enfant.




