Une grand-mère compare un petit garçon en pleurs à une petite fille sage

Comparer l’enfant : un frein majeur à l’apprentissage

Qui n’a jamais été comparé à son frère ou sa sœur, ou bien un autre élève à l’école ?

Voici la fin de l’histoire du petit garçon et des Tic Tac. Suite à un malentendu dans une salle d’attente entre un petit garçon et sa grand-mère, celui-ci se met à pleurer. La grand-mère lui dit qu’il est capricieux, qu’il n’a pas de raison de pleurer… et enfin, elle lui dit une phrase qu’il serait beaucoup mieux d’éviter à tout prix avec les enfants :

“Regarde la petite fille. Elle, elle ne pleure pas.”

Cette phrase, d’apparence inoffensive, déplace en réalité une chose essentielle chez l’enfant : son centre de référence, ce qui va affecter à la foi son estime de soi, et son apprentissage.

1. Les repères de l’enfant

L’enfant se construit à partir d’un repère interne

Un jeune enfant se construit normalement à partir d’un repère interne : ce qu’il ressent, ce qu’il comprend, ce qu’il essaie de faire.

Il apprend progressivement à s’ajuster en fonction du réel, en se posant des questions comme : “Qu’est-ce que je ressens ? Pourquoi ? Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que ça marche ? Qu’est-ce que je peux améliorer ?”

… alors que la comparaison bascule le repère vers l’extérieur

Toutefois, quand on dit à l’enfant : “Regarde ce que fait l’autre !”, la comparaison court-circuite ce processus de repère interne

On lui apprend autre chose :

  • que la référence, ce n’est plus lui
  • que la bonne manière d’être existe déjà chez quelqu’un d’autre
  • qu’il doit s’aligner

Il apprend alors à se demander :

“Est-ce que je suis comme les autres ? Est-ce que je suis acceptable ?”

En résultat, il ne s’ajuste plus à la situation, mais au regard extérieur des gens.

2. Ce que l’enfant apprend avec la comparaison

En à peine une phrase (encore pire si elle est répétée dans d’autres situations), plusieurs messages peuvent s’imprimer, changeant complètement le système de référence de l’enfant :

  • Mon ressenti interne n’est pas un bon indicateur de la situation
  • Le bon comportement est celui des autres
  • Les autres peuvent me dicter mon comportement
  • Je dois me comparer pour exister
  • Je me définis par écart ou ressemblance à des normes établies
  • Ma valeur dépend de ma conformité à la norme apparente
  • Je suis acceptable seulement si je ressemble aux autres

Peut-être même avons-vous déjà pensé cela en tant qu’adulte…

En effet, ce type de phrase peut créer deux types de profils :

1. L’enfant qui se soumet : il s’efface, imite, et cherche toujours « à faire comme il faut », mais sans comprendre pourquoi. Il devient dépendant du regard extérieur pour agir : il ne pense plus par lui-même et ajuste son image en permanence au regard des autres.

Mulan se fait sans cesse comparer aux autres filles de la société ; Mulan à moitié maquillée dans le miroir
« Pourquoi miroir, réfléchis-tu sans me voir ? » – Mulan (de Disney) est un bon exemple de l’enfant qui se sent déchiré entre les attentes de la norme (se maquiller, faire du thé, se marier au plus vite), et son ressenti profond (aller sauver son père et l’empire)

2. L’enfant qui lutte : il s’oppose, rejette la norme et entre dans une logique de confrontation. La relation devient sujet de compétition plutôt que de coopération. Il tend à penser toujours par opposition aux autres.

Lilo se disputant avec sa sœur
Lilo de Lilo et Stitch (Disney) est un bon exemple de l’enfant qui lutte systématiquement : elle se révolte contre sa sœur, ses amis, ses enseignants, car ne se sent jamais comprise pleinement…

Dans les deux cas, le problème est le même : l’enfant a perdu son repère intérieur. Il reste défini par les autres, au lieu de se concentrer sur ce qu’il ressent vraiment et ce qui a du sens pour lui.

Mais l’effet du manque de repère intérieur va au-delà de l’estime de soi : il affecte également la façon dont l’enfant va aborder l’apprentissage.

3. L’impact de la comparaison sur l’apprentissage

En effet, apprendre demande une chose essentielle : se confronter à soi-même. Pour apprendre au mieux, il s’agit de :

  • Comprendre ses erreurs
  • Ajuster ses stratégies
  • Progresser à partir de son propre point de départ
  • Savoir vérifier par soi-même

Or, un enfant qui se compare aux autres ne cherche pas forcément à comprendre. La note (permettant de mesurer son écart à la norme) devient plus importante pour lui que les stratégies à utiliser. En conséquence, il cherche soit à être meilleur que les autres, soit à être le dernier, selon ce qu’il cherche à être remarqué ou non. Systématiquement, il va tendre à attendre la correction de l’adulte au lieu de d’abord vérifier par lui-même.

élève Docubu qui triche sur sa voisine en classe
L’élève Ducobu est l’exemple parfait de celui qui veut obtenir une bonne note sans chercher à comprendre le sujet, quitte à tricher !

L’enfant remplace alors l’apprentissage par la conformité et la passivité. Il va chercher à appliquer des techniques sans les comprendre et se retrouvera coincé lorsque le niveau demandé augmentera.

4. Comprendre, au lieu de comparer

La comparaison à autrui systématique entraîne un manque de repère interne solide, créant une dépendance néfaste. En conséquence, l’enfant doute plus facilement de lui-même et de ses connaissances. Cela affecte à la fois son estime de lui-même et ses apprentissages. Alors, que faire à la place ?

Il s’agit plutôt de comprendre et de construire avec l’enfant.

Au lieu d’être comparé… l’enfant a besoin d’être aidé à se situer par rapport à lui-même, son vécu, sa compréhension propre, et ses méthodes d’ajustement.

Par exemple

  • Identifier ce qu’il vit, pointer son ressenti interne :
    • “Tu es déçu, tu avais envie de continuer.”
    • “Tu es triste, je vois.”
    • “Qu’est-ce qui t’a dérangé ?”
  • Lui proposer des prochaines étapes :
    • “Qu’est-ce que tu pourrais faire maintenant ?”
    • “Tu peux apprendre à te calmer.”

Conclusion

Pour revenir à l’histoire des Tic Tac, je ne blâme pas cette mamie dans la salle d’attente qui disait à l’enfant de faire comme la petite fille qui était sage. La mamie a fait comme beaucoup d’adultes répétant leur éducation classique : avec de bonnes intentions… mais sans connaissance de l’impact de ses paroles et de ses actes. Peut-être par peur principale de ce que les autres pouvaient penser d’elle ?

Pour que les enfants deviennent des adultes solides, nous devons arrêter de les comparer aux autres enfants. Un enfant solide ne cherche pas à être meilleur que les autres : il cherche à comprendre et améliorer ce qu’il fait.

A terme, recentrer l’enfant sur son ressenti intérieur peut lui offrir de grandes opportunités dans la vie, comme Billy Eliott : en n’étant ni soumis (la boxe pour plaire au père) ni en lutte stérile, il pratique la danse parce que ça lui plaît, pas parce qu’un jury le valide. Il finit par travailler avec une discipline de fer, non pas pour avoir une note, mais par plaisir de progresser.

Construire à partir d’un repère interne, c’est permettre à l’enfant de s’auto-évaluer, s’ajuster et de devenir autonome dans sa réflexion.

L’adulte n’est pas là pour dire : “Sois comme les autres.” Il est là pour permettre à l’enfant de se construire : “qui je suis, comment je fonctionne, et comment je peux évoluer.”